MON EXPERIENCE DU RESEAU
J’ai découvert le « réseau » à l'âge de 17 ans, en 1972, grâce à un ami de la Citizen Band qui, un jour, avait appelé l’horloge parlante et entendait une multitude de personnes échanger leur numéro de téléphone. Je me suis connecté au réseau par curiosité, puis ensuite de façon plus ou moins régulière de 1972 à 1980. Durant cette période, j'ai choisi différents pseudos, dont l'objectif était d'intriguer et d'éveiller la curiosité des filles !!! Dans un premier temps "Tokyo Univers" (Japon très en vogue dans ces années là) puis "Le Mal Aimé" (en référence à la chanson de Claude François, n° 1 au hit parade de l'époque) et enfin "Mouche à Bœuf" (allusion à la chanson "La Mouche" de Michel Polnareff).
Comme je l'ai indiqué précédemment, pour être mieux entendu par ses correspondants, certains "réseauteurs" remplaçaient la pastille charbon du combiné téléphonique d'origine par une pastille optionnelle LEM DU43. Cette pastille avait la particularité d'être composée d'un micro dynamique suivit d'un petit préamplificateur. Cela permettait d'avoir une voix amplifié, moins nasillarde et dominante par rapport aux autres voix. Pour ma part, dés le départ, j’ai fait la différence envers les autres utilisateurs en construisant un amplificateur spécifique. Mon objectif était de personnaliser ma voix et qu'elle sorte du brouhaha général. Bricolant l’électronique et passionné, à l'époque, par la sonorisation et la hifi, j’ai raccordé sur ma ligne téléphonique un amplificateur d'une puissance de 10 W, avec transformateur d’impédance 600 ohms.

Le poste téléphonique servait uniquement à composer le numéro. Ma réception était également amplifiée et filtrée par un filtre audio de ma fabrication, destiné à limiter les divers craquements et à renforcer les voix. Pour me différencier des autres utilisateurs, j’avais aussi raccordé à l’ampli, un micro cardioïde ainsi qu’une chambre d’échos et de réverbération. Cela était du plus bel effet audio et ma voix, au dessus des autres intriguait beaucoup ! Pour éviter l’effet Larsen, je fonctionnais, comme avec un talkie-walkie en semi-duplex, l’ampli étant commandé par un relayage permettant le « Push to Talk ».
Certains passionnés du réseau, trouvant ce système très efficace, me demandèrent de leur fabriquer un petit amplificateur pour renforcer leur voix. J’ai ainsi vendu plusieurs dizaines d’amplis, en version simplifiée, 2W, fonctionnant sur piles, le tout intégré dans un boitier. Un bon moyen pour un jeune étudiant, passionné d'électronique, de se faire de l’argent de poche !
J’ai pratiqué le "réso", de façon épisodique pendant quelques années et j’y ai rencontré des personnes de tous milieux et de toutes professions : Étudiantes, professions libérales, artisans, cadres, employées, retraités, artistiques, journalistes, personnalités du monde du spectacle, etc.... Toute la société y était représentée et le "réso" a été probablement parmi les premiers réseaux sociaux au monde.
Je garde un excellent souvenir de toutes ces rencontres et des quelques personnalités atypiques et parfois marginales que j'ai eu le plaisir de fréquenter. Une expérience unique pour un jeune parisien pour profiter de l’enthousiasme, du dynamisme et des grandes libertés des années 70 !

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