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LE RESEAU CÔTE UTILISATEURS

Publié le par Le Réseauteur

Pour « faire le réseau », il fallait simplement posséder un téléphone et choisir un Pseudo. Ensuite, tout était une question de persévérance pour trouver les ‘bons numéros’. Outre l’horloge parlante (033-84-00 ou Odéon 84-00), il s’agissait souvent de numéros non attribués dont la terminaison était répétée (ex 20-20). A cette époque la numérotation en région parisienne était à 7 chiffres et les 3 premiers chiffres définissaient la localisation géographique du centrale téléphonique (Odéon, Trudaine, Bolivar, Danton, etc…).

Les numéros ouverts par des techniciens PTT étaient souvent des numéros mémo-techniques, voire des numéros formant un nom à partir du cadran rotatif du téléphone, par exemple JUSTINE (correspondant à JUSsieu 84-63 ou 587-84-63). Nous étions des centaines à connaître JUSTINE !!

L’unique modèle de téléphone de l’époque était le téléphone S63, propriété de l’état et il n’était pas question de le bricoler! Le micro de ce téléphone était une pastille charbon dont la qualité audio et le rendement étaient médiocre. Pour mieux se faire entendre, certaines personnes investissaient dans une pastille « LEM », pastille de même taille que le micro charbon mais constituée d’un micro dynamique et d’un petit préamplificateur intégré.

D’autres, plus astucieux utilisaient des interphones, appareils vendus à l’époque pour communiquer à distance à l’intérieur d’un bâtiment. La modification consistait à mettre en sortie de l’interphone, non pas le second interphone, mais un petit transformateur d’impédance et de le raccorder avec des pinces croco sur le combiné à la place du micro.

Enfin, la meilleure des solutions était d’utiliser un amplificateur spécifique (voir page suivante).

Une fois le matériel et le pseudo réunis, il n’y avait plus qu’à se lancer et à appeler parmi le tintamarre général.

- Alexis appelle….

- Le sorcier, raccroche, je t’appelle....

- Allo, l’américain est sur le réseau…..

- Marianne appelle un garçon…..

- Prince Igor appelle Natacha……

- Allo, le vampire tu m’entends ?

- La souris ravageuse, répète, je n’ai pas compris….

- Alors Cerise, tu as retrouvé ta queue !

Généralement vous réussissiez à échanger quelques mots malgré le brouhaha général mais l’objectif final était de récupérer le numéro d’un correspondant (généralement du sexe opposé) et de l’appeler directement pour faire connaissance.

Nous étions dans les années 70, période d’émancipation sexuelle, et il faut reconnaître que la grande majorité des utilisateurs du réseau étaient là pour la drague et plus si affinités…. D’ailleurs la célèbre animatrice de RTL, Ménie Grégoire n'hésitera pas à consacrer une émission entière sur le sujet.

Cette communauté était très «underground», l’anonymat y régnait mais cela n’empêchait pas les habitués à se rencontrer en groupe afin de mettre un visage sur une voix. Les rencontres avaient lieu à Paris le mardi midi dans une brasserie du 17eme, ‘Le Courcelles’ puis quelques années plus tard, le jeudi en fin d’après-midi à "l'Interlude", une brasserie prés de la Bourse.


Le réseau Téléphonique France Culture 1975 (cliquer pour écouter)